Orquesta Tipica ! qu'es a quo ?
L'expression s'applique principalement à des formations de Cuba, Paraguay, Uruguay et Argentine !
Quand on parle de tango, la définition d’«orquesta tipica» peut être à la fois précise et vague, selon l’interlocuteur. La plupart des connaisseurs du genre affirment en comprendre le concept, mais beaucoup hésitent à le décrire en détail. Essayons donc d’éclaircir les choses.
Commençons
par évoquer Vicente Greco, bandonéoniste et compositeur emblématique de la
vieille garde. Greco a composé le magnifique tango « Ojos Negros » et
le très imprégné de milonga « Racing Club », parmi de nombreux autres
succès encore joués aujourd'hui, un siècle plus tard ! Tous les ouvrages
d'histoire du tango mentionnent le quintette désormais légendaire de Vicente
Greco, qui a employé pour la première fois l'expression « orquesta típica
criolla » (orchestre créole typique).
Cependant,
tous les ouvrages que nous avons consultés soulignent à maintes reprises une
petite erreur, mais significative : le terme « orquesta típica »
n’est pas apparu en 1911, mais en 1910 (voire 1909). Cette information
« nouvelle » provient des recherches approfondies menées par le
collectionneur et enquêteur Enrique Binda. C’est à partir de ce moment que de
nombreux ensembles de l’époque ont adopté l’appellation « orquesta
típica », à la fois comme argument marketing et comme gage d’authenticité.
Mais au fil
des années, l’«orchestre créole typique» devint simplement l’ « orchestre
typique », et c’est grâce aux sextuors du milieu des années 1920 que la formule
et le son de ce qui allait devenir l’« orchestre typique » commencèrent à se
dessiner. Ces sextuors – à l’instar de ceux dirigés par Julio De Caro, Luis
Petrucelli et Francisco Pracánico – posèrent définitivement les fondements du
tango orchestral : deux bandonéons, deux violons, un piano et une
contrebasse. S’appuyant sur cette base, et progressivement à partir des années
1930, des bandonéons et des instruments à cordes furent ajoutés, aboutissant
finalement à la formation définitive des grands orchestres des années 1940.
Depuis lors,
lorsqu'on parle d'«orchestre typique», on sous-entend la présence d'un piano,
d'une contrebasse, d'au moins trois bandonéons, d'au moins trois violons, et
éventuellement d'un alto et/ou d'un violoncelle. C'est précisément cette
texture (le son créé par la combinaison de différents instruments, en
l'occurrence les bandonéons, le piano et les cordes) qui constitue l'une des
plus grandes contributions du tango à la musique du monde.
Cette
combinaison de timbres est unique au monde, et c'est pour cette raison, entre
autres, que l'«orchestre typique» occupe une place de choix parmi tous les
ensembles du tango.
Ignacio Varchausky
Ignacio Varchausky ( Buenos
Aires , Argentine ) est contrebassiste ,
producteur de musique et fondateur de l'Orquesta El Arranque
(1996). Il est également le créateur et directeur artistique de l'
Orquesta Escuela de Tango Emilio Balcarce .
Sauver le patrimoine est son plus grand souci. Encore
étudiant, il découvre l'ampleur et l'urgence de la tâche : sur les 100 000
enregistrements répertoriés dans les catalogues, 20% seulement sont disponibles
chez les disquaires, souvent en CD de mauvaise qualité. Les 80 000 autres
appartiennent à une petite trentaine de collectionneurs, souvent très âgés, en
Europe, aux Etats-Unis, au Japon, mais pour l'essentiel en Argentine et en
Uruguay, berceaux du tango.
Dans les années 1960, les grandes maisons de disques ont détruit leurs matrices
de tango, sacrifiées sur l'autel du rock et de la pop. En outre, plus de 3 000
enregistrements ont déjà été perdus pour toujours ainsi que des milliers
d'heures de programmes radio et télé. Aucune institution, étatique, municipale
ou universitaire, découvre-t-il alors, ne songe à préserver ce trésor culturel.
Il alerte le Fonds national des arts, sans succès : "Ils avaient l'argent,
mais mon idée ne les intéressait pas."
Mais, pour le musicien, le tango reste avant tout une
affaire de cœur : "Cet art en mouvement, spontané, populaire, jailli des
bas-fonds, qu'on peut seulement comparer à une certaine chanson populaire
française, est la meilleure chose que l'Argentine ait offerte au monde. C'est
la seule musique à laquelle je m'identifie pleinement. Elle me rapproche de mes
racines plurielles : espagnoles, russes, polonaises et yiddish. Grâce au tango,
je comprends mieux les conflits d'identité permanents qui tourmentent l'Argentine."
Et il ajoute, avec un zeste de gravité : "La mémoire d'un peuple est le
fondement de son identité. Voilà pourquoi il faut à tout prix sauver le tango,
orgueil de sa mémoire musicale."
Ignacio Varchausky est un des vrais héros de l’histoire du
Tango !!
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