Carlos Di Sarli ! « El Senor del Tango » (1903-1960)

 

Résumer Di Sarli ? Forcément imparfait, forcément incomplet ! Je vais tenter de m'attacher au principal, malgré tout ! Au fait, jetons un oeil sur le nombre d'enregistrements par orchestre ! Etonnant non ? 


« Si vous voulez entendre du bon tango, allez écouter Di Sarli » avait coutume de dire Anibal Troilo ! Marque d’estime jamais démentie auprès du public, qui témoigne du rôle central joué par Di Sarli sur la scène tanguera des années 1940 et 1950, une sorte de voie médiane entre deux courants que dominaient D’Arienzo et Canaro avec une musique vive et rythmée, et Pugliese et Troilo qui proposaient de petits poèmes symphoniques d’une puissante intensité dramatique…

L’œuvre de Di Sarli se prête à la danse. Il propose aux danseurs une grande diversité de possibilités d’interprétation, grâce à la variété de nuances et des climats sonores ! La diversité instrumentale de l’orchestre est mise en valeur avec un rôle affirmé du piano (l’instrument de Di Sarli), et une présence visible des bandonéons dans les passages de liaison. En fait chaque instrument joue successivement un rôle dominant comme le montre « Bahia Blanca » en 1958 : Introduction au piano, premier thème exposé par les violons, suivi de contrepoints violons/bandonéons. La base rythmique est souvent clairement signalée sous forme d’une ligne mélodique parfaitement audible, interprétée à tour de rôle par chacun des instruments. Il recourt aux « syncopes », aux « suspensions », et cela lui permet d’inviter les danseurs à reconstituer eux-mêmes une armature rythmique qu’il suggère plutôt qu’il n’assène !

"Bahia Blanca" ville de naissance de Di Sarli 
Le style de Di Sarli n’a que peu évolué au cours du temps. Ceci s’explique par la durée relativement courte de sa carrière (environ 20 ans). Ce qui ne l’empêche pas d’avoir enrichi son répertoire au fil du temps ! Grâce à la variété des nuances et des climats sonores, les danseurs ont une grande diversité de possibilités d’interprétation : des mouvements lents, étirés, élégants, sur les passages en « legato », des mouvements plus rythmés, plus courts et plus secs, sur les passages en « pizzicato ». Et comme ces différentes nuances apparaissent souvent simultanément, le danseur se voit proposer à chaque instant plusieurs options suivant qu’il choisisse une ligne ou l’autre ! Mais en même temps, Di Sarli donne des points de repères assez clairs pour mettre les danseurs en confiance : des pulsations rythmiques toujours clairement identifiables, une grande lisibilité de la « polyphonie » orchestrale ! Les danseurs peuvent suivre aisément une ligne mélodique de leur choix grâce à la clarté de l’écriture !

Ainsi, Carlos Di Sarli prend place, avec Pugliese et Troilo, parmi les très rares musiciens de tango ayant produit des œuvres aussi bien adaptées à l’écoute qu’à la danse !

Morceau choisi : « Champagne Tango », un thème instrumental de Aroztegui, enregistré en 1958, qui donne un exemple de superposition de différents plans sonores (piano en piqué/violons en legato, bandonéons en attaque frappée/violons en legato, bandonéons en legato/violons en pizzicato…) !



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