Homero EXPOSITO (1918-1987). Rénovateur du Tango !

 


Grand Poète du Tango, Exposito parle simplement de l'Amour, de la Nature et de la Nostalgie, avec douceur, sans éclat d'angoisse ni désespoir.

La Nature est omniprésente dans son oeuvre. Il nous parle d'orangers en fleurs, de l'eau d'une rivière, de prairies argentines gorgées de soleil et de petits morceaux de ciel. Et même quand il évoque les faubourgs de Buenos Aires, il nous transpose dans un univers imaginaire qui évoque le souvenir d'un tendre amour à la campagne.

Douceur et chaleur humaine sont les substances même de son univers poétique. Une affection qui surmonte même la séparation...



Son écriture est recherchée, délicate, et s'éloigne du style "chansonnette populaire" pour s'approcher d'une littérature cultivée.

Exposito, fut aussi chroniqueur de la dure réalité sociale de son époque. Son oeuvre est à la fois recherchée et populaire, entre une Nature rêvée et la réalité de la ville. Son répertoire sort des stéréotypes de l'amertume et des clichés faubouriens...

Dans "Pedacito de Cielo", c'est la nostalgie lumineuse baignée de ciel et de soleil ! "- Dans ce petit morceau de ciel sont restés ma gaieté et mon amour..."



"Percal" , il ajoute la tendresse et le raffinement d'un style métaphorique, au thème de la milonguita : "- Et dans l'autrefois, oubliés, sont restés, craintifs ta percale et mon passé..." (thème repris par Troilo !).

"Farol" ou l'évocation des quartiers populaires où les traces du passé resurgissent : "-Là-bas, le ciel converse avec les rêves de millions d'ouvriers, là-bas le vent murmure les poèmes populaires de Carriego..."



"Naranjo en flor", nous parle de nostalgie, d'amour perdu avec des mots de la Nature : "- Ensuite cheminer sans pensée, promesses vaines d'un amour parfum d'oranger en fleurs qui s'échappèrent avec le vent ensuite..." (thème repris par Goyeneche !)



"Yuyo Verde", souvenir d'un faubourg qui semble s'ouvrir sur l'immensité de la pampa : "-Là-bas, où se perd la ruelle, pousse cette herbe verte du Pardon..." (thème repris par Troilo !)


Herbe Verte !
Ruelle… Ruelle
Lointaine, lointaine…
Nous marchions, perdus, nos mains jointes
Sous un ciel d’été
Rêvant
Un fanal, un portail,
Comme dans un tango,
Et tous deux, nos mains jointes
Sous ce ciel d’été
Disparu.
Laisse-moi donc pleurer simplement
Avec les vieilles larmes de l’Adieu.
Là-bas, où se perd la ruelle
Pousse cette herbe verte
Du pardon.
Laisse-moi pleurer ton souvenir
Tresses qui m’attachent à ce portail
De ton pays on ne revientpas
Même avec l’herbe verte
Du pardon.
 
Où donc es-tu partie ?
Où es-tu… où es-tu…
Où sont les plumes de mon nid,
L’émotion d’avoir vécu
Et cette tendresse…
Un fanal, un portail,
Comme un tango,
Et mes larmes glissant dans mes mains
Et ce ciel d’été
Disparu.

"Cafetin", évoque la nostalgie de l'émigrant déraciné : "- Dans les vieux cafés rôdent toujours les souvenirs d'un pays et d'un amour..." (thème repris admirablement bien par Pugliese !)

"Flor de Lino", cadre champêtre pour la nostalgie d'un amour perdu : "- Je la vis fleurir un jour comme le lin d'une prairie argentine gorgée de soleil. Si j'avais su la comprendre, ma chaumière abriterait son amour..." (thème repris par Troilo !)

"La misma pena" "- C'était léger, c'était une fleur, c'était toi, c'était l'Amour... Et aujourd'hui, c'est la douleur..." (thème repris par Piazzolla !!).

Quelques autres beaux poèmes ? "Sexto piso", "Afiches", "Maquilaje", "Quedemonos aqui"...



Les musiciens d'Exposito ? "Domingo Federico" ; "Hector Stamponi"

; "Armando Pontier" ; "Virgilo Exposito" (frère du poète) ; "Astor Piazzolla".


C'était une fois et c'est encore
la même douleur, la même soif,
mais quel étrange mimétisme de l'amour
qui change encore une fois de couleur.

Encore et encore
le même chagrin et tu n'es pas là,
c'était le pays des fleurs d'amandiers,
du baiser et de l'annulation, mourir d'amour.

C'était, ton tremblement de gazelle, un soleil.
C'était ta bouche de cannelle et de rhum.
C'était toi, c'était-à-dire amour, jeunesse du cœur.
C'était la lumière, c'était une fleur, c'était toi,
C'était l'amour et aujourd'hui c'est la douleur.

Pleure toujours, pleure toujours,
la même douleur, le même mal.
Quand le silence s'impose, c'est plus atroce,
ma solitude ne croit pas en Dieu.

Encore et encore
le même chagrin et tu n'es pas là,
il y a le pays des fleurs d'amandiers
et le baiser sur le portail mourant d'amour.

L'œuvre d'Expósito, insoumise à la science des classifications, montre une fois de plus l'épaisseur de son jardin d'Eden passionné , transféré aux vers de tango, grâce à l'émotion qui soutient la mémoire, l'intimité nue. L'éclipse tendue et émotionnelle de cette romance l'emmène encore et encore au coin de l'oubli au cours d'un long voyage. Le déchirement, dans cette zone d'ombre, le son familier, le montrent en train de se punir dans la mémoire, et la mémoire tourmentée flirte avec le fantasme.





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