Pedro Laurenz ou la figure transcendantale du Tango.
Pedro Laurenz, de son vrai nom Pedro Blanco, est né à Buenos
Aires en 1902.
Il apprend le violon avec son père mais lorsqu’il arrive à
Montevideo, à 15 ans, où sa mère décide de s’installer, il opte pour le
bandonéon. Il fait ses débuts au café Au Bon Jour, dans lequel jouait Edgardo
Donato et intègre l’orchestre d’Eduardo Arolas au Moulin-Rouge.
Il revient à Buenos Aires en 1920 où il joue dans l’orchestre de Roberto Goyeneche (voir note 1).
L’année 1925 est importante car d’une part, il est engagé
par Julio De Caro pour jouer dans son sextet dont le premier bandonéoniste est
Pedro Maffia et, d’autre part, avec ce dernier, il enregistre un disque de duos
de bandonéons qui a marqué l’histoire de ce genre musical. Maffia qui est en
désaccord avec le groupe quitte l’orchestre de De Caro ; Laurenz devient alors
premier bandonéon. Il restera 10 ans dans cette formation musicale et fera donc
partie de l’orchestre qui voyagera en France avec De Caro, notamment à Nice.
En 1932, Aníbal Troilo est engagé par De Caro et joue donc
aux côtés de Laurenz.
Il joue avec l’orchestre Típica Victor avant de faire ses
grands débuts à la tête de son propre orchestre créé en 1934 qui jouera sans
interruption jusqu’en 1953. Il engage Pugliese comme pianiste et, en 1935,
Gobbi comme violoniste.
En 1937, il fait ses premiers enregistrements avec le
disque Milonga de mis Amores qui est une de ses compositions.
À ce sujet, Laurenz était un compositeur de tout premier ordre dont ses œuvres
les plus célèbres comme Mala junta, Amurado et Berretin sont
toujours jouées de nos jours et suscitent l’engouement.
En 1960, il rejoint le Quinteto Real composé
de solistes célèbres tels que Horacio Salgán et Francini. Cette formation fera
trois voyages au Japon.
En 1939, il forme un quintet avec lequel il enregistre le
disque Pedro Laurenz interprète Pedro Laurenz !
Pedro Laurenz est le compositeur dont l’étude du style
conduit à s’interroger sur la raison pour laquelle il n’a pas atteint le sommet
de la gloire alors qu’il possédait toutes les qualités pour figurer au Panthéon
de ce genre musical.
Une écoute attentive de toute sa musique permet de mettre en
exergue la richesse de ses compositions et interprétations, notamment son jeu
instrumental qui était de tout premier ordre.
Disciple de Julio De Caro, il considérait que donner au
tango un nouveau style était une nécessité. Il se démarquait de l’académisme. Osvaldo
Pugliese et Alfredo Gobbi en sont la parfaite illustration.
Son écriture s’adapte à la danse et se caractérise par un
phrasé lyrique qui repose sur un rythme énergique bien marqué dont les
arrangements sophistiqués sont le trait dominant. Sa version d’Arrabal est
considérée comme la pierre fondatrice de l’âge d’or. En second lieu, son jeu
instrumental était exceptionnel à plus d’un titre, à tel point que l’on peut
parler d’une véritable école dont il est le fondateur. À cet égard il se
distingue d’Astor Piazzolla dont la technique était impossible à transposer.
Pedro Laurenz a été l’un des tout premiers à exploiter le
bandonéon au maximum de ses possibilités grâce à une technique très élaborée
pour les deux mains. Ce jeu flamboyant lui permettait d’exécuter des variations
d’une richesse exceptionnelle. En ce sens, il est à l’opposé du jeu à l’unisson
d’Osvaldo Fresedo.
Il n’est donc pas étonnant que des musiciens très célèbres
au demeurant tous deux bandonéonistes – Troílo et Piazzolla – le considéraient
comme leur maître.
Cette aura n’a pas eu son équivalent auprès du public et c’est ce qui frappe le plus dans la vie artistique de Pedro Laurenz. Pourquoi ce relatif effacement ? La réponse est à rechercher dans le contexte des années 1940-1955, d’une part en matière musicale et, d’autre part, dans la commercialisation de plus en plus importante de la musique. En effet, à l’époque de l’âge d’or dans laquelle évoluait Pedro Laurenz, la place des chanteurs était très importante à tel point que la célébrité de certains faisait jeu égal avec celle des grands orchestres. Or, il ne s’est pas entouré de chanteurs populaires à l’exception d’Alberto Podestá, contrairement aux autres orchestres célèbres de l’époque – que l’on songe aux excellents binômes comme Agostino/Vargas, Troilo/Fiorentino, Di Sarli/Rufino, etc., qui captaient l’attention.
En d’autres termes, son orchestre n’était pas jugé assez commercial par les maisons de disques, voire par les lieux où l’on dansait le tango, faute d’avoir des chanteurs à succès et le fait est que son orchestre arrête son activité en 1953, Laurenz poursuivant seul son activité de musicien au sein d’autres formations.
Il est très difficile de déterminer si la position de
Laurenz de se tenir à l’écart de la couleur générale. Sans pouvoir avancer une
réponse certaine, il n’est pas interdit de penser que Pedro Laurenz avait
volontairement choisi de jouer la musique qu’il souhaitait et sans faire de
concessions qui n’avaient pas de place dans son projet artistique, rejoignant en
cela la position à bien des égards similaire de certains de ses amis comme
Julio De Caro et Astor Piazzolla qui laissaient peu de place aux chanteurs eux
aussi. On peut d’ailleurs noter que Laurenz cesse son activité de chef
d’orchestre au moment même où Piazzolla envisageait d’arrêter le tango.
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