Corrientes y Esmeralda !! Le coin où vivait autrefois le Tango !

 

 Tango Année : 1933
Musique : Francisco Capranico
Versions / Orchestres :

  • Orchestre Francisco Lomuto, Fernando Diaz chante (1934)
  • Orchestre d'Osvaldo Pugliese, Roberto Chanel chante (1944)
  • Orchestre Juan D'Arienzo, Alberto Echague chante (1945)
  • Francisco Fiorentino chante accompagné par l'orchestre dir. A. Piazzolla (1945)
  • Ángel Vargas chante accompagné par l'orchestre dir. A. Lacava (1954)
  • Chante Adriana Varela, accompagnée par l'orchestre de L. Federico (1998)

Celedonio Esteban Flores est né à Buenos Aires, dans le quartier de Villa Crespo, où vivaient ensemble des créoles et des immigrés d'origines différentes. Il passa son enfance et son adolescence dans ce centre actif de culture populaire, devenant un poète et parolier très populaire dans les années 1920. Ses tangos, souvent sentencieux et moralisateurs, avec des descriptions magistrales de ses personnages, faisaient un usage abondant du lunfardo. Comme d’autres paroliers célèbres, Flores était à la fois un poète cultivé et populaire. Aux habitudes bohèmes, il était aussi boxeur. Sa période la plus créative a duré jusqu’au début des années 1930, mais son travail est resté pertinent.



Notes historiques : cette splendide pièce est née d'un poème lunfardo écrit par le grand Celedonio Flores, puis simplifié et adapté au tango, avec une musique de Francisco Capranico en 1933. Elle parle avec nostalgie de l'intersection de la Calle Corrientes (quand c'était encore une rue étroite, avant l'élargissement qui eut lieu dans les années 1930) avec la Calle Esmeralda, où, au début du XXe siècle, se rencontraient les personnages ombragés et pittoresques du tango de cette époque. Le texte mentionne également le poète Carlos De La Pua, le littérateur Pascual Contursi et le célèbre Carlos Gardel.


Amainaron guapos junto a tus ochavas
cuando un cajetilla los calzó de cross
y te dieron lustre las patotas bravas
allá por el año… novecientos dos…

Esquina porteña, tu rante canguela
se hace una melange de caña, gin fitz,
pase inglés y monte, bacará y quiniela,
curdelas de grappa y locas de pris.
El Odeón se manda la Real Academia
rebotando en tangos el viejo Pigall,
y se juega el resto la doliente anemia
que espera el tranvía para su arrabal.
De Esmeralda al norte, del lao de Retiro,
franchutas papusas caen en la oración
a ligarse un viaje, si se pone a tiro,
gambeteando el lente que tira el botón.
[En tu esquina un día, Milonguita, aquella
papirusa criolla que Linnig mentó,
llevando un atado de ropa plebeya
al hombre tragedia tal vez encontró…]
Te glosa en poemas Carlos de la Púa
el pobre Contursi fue tu amigo fiel…
En tu esquina rea, cualquier cacatúa
sueña con la pinta de Carlos Gardel.
[Esquina porteña, este milonguero
te ofrece su afecto más hondo y cordial.
Cuando con la vida esté cero a cero
te prometo el verso más rante y canero
para hacer el tango que te haga inmortal.]

Dans le texte original, il y a le mot « cajetilla » qui, dans l'argot lunfardo, signifie jeune homme élégant et bien habillé, synonyme de dandy. 



Ce Tango décrit la Buenos Aires des débuts de la décennie 1900. Il suffisait d’atteindre le coin de l’avenue Corrientes et avenue Esmeralda pour acheter la poudre blanche légendaire, acheter l’amour d’une fille française ou danser un tango au cabaret royal Pigall où se sont produits Gardel, Canaro, Firpo et beaucoup d'autres ! Celedonio Flores, le grand poète de Tango, était aussi un amoureux et un pratiquant de la boîte et a voulu rendre hommage à Jorge Newbery en dédiant les premiers vers de Corrientes y Esmeralda: "ils ont disparu les «guapi » (les brutes) quand un jeune homme élégant les farcit de coups de poings :

Une nuit, Jorge Newbery était en train de danser le Tango à l’Armenonville de Buenos Aires avec une dame de la région. Une brute épaisse passa derrière lui, le poussa et le fit tomber à terre, accompagnant son geste d’un grand rire moqueur. Newbery s'est levé, s'est excusé auprès de son partenaire de danse et invita l'intimidateur à sortir de la pièce. Il l'a massacré, le laissant étendu sur le sol, plus mort que vif! Il se trouve que Newbery, en plus d’être un célèbre pionnier de l’aviation, était également un excellent boxeur !

Ils sont tombés beaux à côté de vos coins
lorsqu'un snob leur a mis des chaussures de cross-country
et que les braves bandes vous ont redonné de l'éclat
en l'an... neuf cent deux...

Coin de Buenos Aires, votre canguela diatribe
devient un mélange de canne, de gin fitz,
de pass anglais et de monte, de baccarat et de quiniela,
d'ivrognes de grappa et de folles pressées.

L'Odéon fait rebondir la Royal Academy
sur les tangos du vieux Pigall,
et le reste se joue sur l'anémie douloureuse
qui attend le tram pour sa banlieue.

D'Esmeralda au nord, du côté du Retiro,
les filles françaises se mettent à prier
pour décrocher un trip, s'il passe à portée,
en esquivant l'objectif qui appuie sur le bouton.

Un jour, dans ton coin, Milonguita, ce
pape créole dont parlait Linnig, portant à l'homme
un paquet de vêtements plébéiens , trouva peut-être la tragédie... Carlos de la Púa te glorifie en poèmes et le pauvre Contursi fut ton fidèle ami... Dans ton coin royal, n'importe quel cacatoès rêve de ressembler à Carlos Gardel. 

Dans un coin de Buenos Aires, ce milonguero vous offre sa plus profonde et plus cordiale affection. Quand ma vie sera à zéro, je te promets le vers le plus percutant et le plus énergique pour faire le tango qui te rendra immortel.



 

 

 

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